D'où viennent nos informations
Tout commence par une conversation.
Pierre Martin, à l'accueil, note chaque échange dans un cahier à spirale, avec la date et l'heure, et il consigne aussi ce qu'il n'a pas compris, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit dans un métier où les clients mélangent volontiers le prix du bois, celui de la main-d'œuvre et celui du transport, trois choses que personne ne sépare jamais spontanément.
Le 14 mars 2024, une restauratrice de la rue des Forges s'est plainte d'un devis de 1 240 euros pour un placage de noyer, sans détail sur les fournitures. Nous avons appelé le menuisier concerné, un atelier de Longvic. Nous avons attendu onze jours avant de décider quoi que ce soit.
Un signalement ne devient jamais un article le jour même. Il passe par une fiche papier, puis par une base interne. Manon Petit, chargée des achats, y ajoute les références de fournisseurs qu'elle connaît, comme les quincailleries du boulevard Voltaire ou les scieries de la périphérie dijonnaise, et elle note aussi ce qu'elle ignore, ce qui évite les déductions hâtives. Aucune information n'est achetée. Nous ne payons ni les sources, ni les témoins, ni les personnes qui confirment un fait, ce qui nous ferme parfois des portes auprès d'intermédiaires voudraient monnayer leur carnet d'adresses, mais nous préférons perdre un contact que perdre la confiance d'un lecteur, même si cette position nous a coûté en 2021 un dossier intéressant sur les revendeurs de la place Darcy.
Trois vérifications avant publication
La première consiste à joindre la personne mise en cause. Nous appelons, nous écrivons, nous nous déplaçons quai Nicolas Rolin ou ailleurs si nécessaire, et nous recommençons tant que la réponse reste évasive, car un silence gêné vaut parfois mieux qu'un démenti trop rapide ; un artisan de Talant, spécialisé dans les escaliers anciens, nous a répondu en 2023 après six relances, et sa réponse a modifié la moitié de notre texte initial.
La deuxième porte sur les documents. Un devis, une facture ou un courrier doivent être datés et lisibles. Nous conservons une copie numérique et une copie papier dans une armoire de l'atelier, au 92 quai du Commerce. Un document sans date est écarté.
Une capture d'écran seule ne suffit pas : il faut la source d'origine, ou une confirmation orale tenue par deux personnes distinctes qui ne se connaissent pas. La troisième vérification est une relecture croisée. Aurélie Petit, qui établit les devis pour la clientèle, relit chaque fiche avant qu'elle ne serve, et elle cherche les contradictions, les chiffres invraisemblables, les noms mal orthographiés, car une incohérence de 30 euros dans un total peut signaler une erreur plus grave que le total lui-même.
Nous préférons retarder une parution d'une semaine plutôt que de publier un montant faux. Ce travail mobilise deux personnes pendant deux à cinq heures par signalement sérieux, parfois davantage quand le dossier remonte à 2019 et que les pièces manquent. Nous ne facturons pas ce temps aux personnes qui nous écrivent.
Quand nous nous trompons
Nous nous trompons. En juin 2023, nous avons écrit qu'un atelier de la rue de Mirande avait livré une bibliothèque avec trois semaines de retard ; c'était faux, le client avait lui-même décalé la date sans prévenir personne, et nous avions repris sa version sans la recouper auprès du menuisier, ce qui reste une faute de notre part et non une simple malchance. Nous avons corrigé le texte le lendemain matin, en tête d'article, avec la mention « rectifié le 8 juin 2023 ». La correction reste visible. Elle n'est jamais effacée ni cachée en bas de page.
Toute demande de correction passe par le même circuit. La personne concernée écrit à [email protected], ou appelle le 03 25 77 16 62 du lundi au jeudi entre 8h30 et 17h30, le vendredi jusqu'à 15h00. Nous répondons sous cinq jours ouvrés. Si la demande est fondée, nous corrigeons ; sinon, nous expliquons pourquoi, par écrit, en citant les éléments qui nous ont conduits à notre version.
Nous ne supprimons pas un article parce qu'il déplaît. Nous ne retirons pas non plus une correction sous la pression, et cette règle vaut pour les petits dossiers comme pour ceux qui concernent des entreprises de plus de trente salariés installées depuis les années 1980 dans l'agglomération dijonnaise.
Ce que devient un signalement
Un signalement qui ne mène à rien n'est pas jeté. Il est classé, avec une note expliquant l'absence de suite : source unique, fait non daté, conflit commercial sans intérêt général. Ce classement nous permet de repérer, six mois plus tard, qu'un même nom revient trois fois, et c'est ainsi que nous avons commencé à nous intéresser, en 2022, à un revendeur de meubles anciens du côté de la place Darcy, dont le dossier reste ouvert sans avoir donné lieu à la moindre publication à ce jour.
Quand un dossier devient solide, nous publions sans prévenir la personne visée, mais toujours après l'avoir contactée. Nous ne promettons aucune couverture. Un article peut faire 300 mots ou 1 800 mots ; c'est le fond qui décide.
Nous ne travaillons ni sur les véhicules, ni sur les installations électriques, ni sur le froid, ni sur le bâti, et nous ne posons aucun pesticide. Si un signalement sort de ce cadre, nous le disons clairement à la personne qui nous a écrit, et nous l'orientons vers un interlocuteur compétent quand nous en connaissons un.