Une scie achetée avant le local
La première machine de l'atelier fut une scie à format achetée en mars 2014, deux semaines avant la signature du bail. Pierre Martin, qui travaillait alors chez un agenceur de Longvic, cherchait depuis un an un local assez haut de plafond pour débiter des panneaux de 2,80 m sans les coucher, et il a visité quatorze locaux entre la rue de Mirande, le boulevard Voltaire et la route de Beaune avant de trouver le bon. Le quinzième fut un ancien dépôt de quincaillerie au 92 quai du Commerce, avec une porte cochère sur le canal et une cour où l'on peut poser deux chevalets. Le bail a été signé le 1er avril 2014. Roger, le précédent locataire, y vendait de la visserie au détail depuis 1979 et a laissé derrière lui une balance à plateaux que l'atelier utilise encore pour peser les sachets de chevilles. Elle donne des poids justes.
Rhapsodyworks n'est pas née d'un projet d'entreprise rédigé à l'avance.
Elle est née d'un refus. Pierre Martin passait ses journées à poser des plinthes et des habillages dans des bureaux neufs, et il voulait fabriquer des objets entiers, qu'on emporte et qu'on garde. Manon Petit l'a rejoint en septembre 2014 pour tenir les achats, après huit ans chez un négociant en bois de la rue de Cracovie. Aurélie Petit est arrivée en 2016 pour les devis, d'abord deux jours par semaine, puis à temps plein.
Ce que l'atelier refuse de prendre
Les refus sont écrits et ils n'ont pas bougé depuis 2014. L'atelier ne travaille pas sur les véhicules, pas sur les installations électriques raccordées au réseau, pas sur les circuits frigorifiques, et pas sur le gros œuvre ni sur l'enveloppe d'un bâtiment. Il n'applique ni pesticide ni biocide sur le bois, ce qui exclut les traitements de charpente en place. Un client de Chenôve avait demandé en 2019 un traitement complet de sa toiture ; la réponse a été non, avec le nom de deux entreprises de Villeurbanne.
Ces limites ne relèvent pas d'une coquetterie, parce qu'une charpente qui porte des charges, un câble sous 230 volts ou une charnière de froid commercial engagent des responsabilités et des vérifications qui débordent le cadre d'un atelier de trois personnes. Rhapsodyworks SARL intervient sur des pièces que l'on peut déplacer, poser à plat sur un établi, et faire sortir par la porte. Une bibliothèque livrée en 2021 au 14 rue Amiral Roussin faisait 2,40 m de haut.
Elle est passée par la fenêtre du premier étage, sanglée sur une échelle de couvreur, et cela a demandé une heure quarante de manutention.
L'atelier revendique une inscription au registre du commerce et rien de plus. Pas d'adhésion à un organisme professionnel, pas de licence, pas de certification affichée. Aurélie Petit le dit d'entrée quand un appelant demande une attestation pour un appel d'offres public : ce n'est pas le format de la maison, il faut chercher ailleurs. Trois demandes de ce type ont été refusées en 2024, dont une pour le compte d'un équipement municipal de la métropole.
Ce qui sort de la cour
Le travail se répartit en quatre familles : mobilier libre, rayonnages, caisses et cadres, restauration. Une table de ferme en chêne restaurée pour un couple de Talant prend deux à trois semaines, parce qu'il faut décaper à la main, laisser sécher, puis réassortir les teintes. Un rayonnage en pin brut livré à un caviste de la place Bossuet demande quatre jours. Les écarts de délai sont réels et l'atelier ne les lisse pas dans une promesse.
Le bois vient de trois fournisseurs : un sciage de la Côte-d'Or, un importateur de Bourgogne et un négoce de Lyon pour les essences exotiques utilisées en restauration. Manon Petit passe les commandes le lundi et le jeudi, et le camion monte le mardi et le vendredi matin. Un chêne européen sec à 8 % se trouve sans difficulté ; un noyer français large et propre, non. Pour certaines restaurations, il faut six à huit semaines pour réunir la matière, et le client est prévenu au moment du devis, pas après.
Trois personnes, six mains
Pierre Martin tient l'accueil, la fabrication et le débit. Manon Petit tient les achats, les stocks et la logistique de la cour. Aurélie Petit établit les devis, suit les plannings et prépare les factures. Personne d'autre ne travaille à l'atelier. Il n'y a ni apprenti ni intérimaire, et le recours à un renfort extérieur n'a eu lieu que deux fois depuis 2014, pour une pose de rayonnages de 18 mètres linéaires dans une pharmacie du boulevard de Strasbourg.
Les horaires d'ouverture sont fixes : lundi au jeudi de 8h30 à 17h30, vendredi de 8h30 à 15h00, et le week-end l'atelier est fermé, les machines aussi. Un client peut passer sans rendez-vous pour discuter d'une réparation ou d'un meuble, mais il faut prévoir qu'un devis de restauration demande souvent un examen du bois à la lumière du jour, ce qui se fait le matin, quand la cour du 92 quai du Commerce reçoit le jour par l'est. Pour joindre l'atelier, le téléphone est le 03 25 77 16 62 et l'adresse électronique est [email protected].
Le site est rhapsodyworks.click.
Le canal, en face, sert de repère aux visiteurs. Beaucoup arrivent de la gare à pied, par le pont de la Marne, et demandent si l'on répare aussi les volets et les portes d'entrée extérieures. La réponse dépend de l'état du bois, pas de la nature de l'objet, et le diagnostic se fait dans la cour, à côté de la porte cochère, autour de la table de sciage qui sert d'établi depuis onze ans.