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Quai du Commerce : une petite scierie de Dijon paie sa mise aux normes

Le 2 juillet 2026, à 9h10, Rémi Chambon a éteint la chaudière de son atelier pour la dernière fois de la saison. La règle était entrée en vigueur sans courrier.

Le jour où les copeaux ont cessé de brûler

Deux agents de la préfecture étaient passés la veille, munis d'un arrêté pris en juin et publié au recueil des actes administratifs, pour constater l'émission de fumées classées comme trop opaques par un texte que Rémi n'avait jamais lu, et ils ont laissé sur l'établi une mise en demeure de dix jours pour cesser tout brûlage de déchets verts en période estivale, sous peine de 1 500 euros d'amende par infraction constatée.

Dix jours, ce n'est pas un délai. C'est une date butoir.

La scierie Chambon tourne depuis 1998 rue de la Motte-Giron, entre la gare de triage et le cimetière des Péjoces, dans le quartier des Bourroches ; elle débite du chêne et du hêtre pour des ébénistes du Grand Dijon, une part de son chauffage venait des chutes récupérées, et sept personnes y travaillent, dont quatre au poste de sciage, ce qui fait de l'arrêt de la chaudière une affaire plus large qu'un simple panache de fumée au-dessus des toits.

Rémi a passé la première semaine à chercher une solution, sans en trouver d'abordable avant l'automne. Quatre emplois dépendent désormais d'un devis de broyeur à 18 400 euros.

Le jour où les copeaux ont cessé de brûler

Ce que coûte l'arrêt du brûlage

Le brûlage des déchets verts en atelier, sauf dérogation, a été restreint dans plusieurs communes de la métropole, et Dijon applique la règle depuis le 1er juillet 2026.

« On a testé un broyeur de location pendant trois mois, 780 euros par mois, et on a arrêté, parce que le rendement ne suivait pas, explique Manon Petit, acheteuse chez Rhapsodyworks, un atelier de mobilier libre situé au 92 quai du Commerce, qui évacue ses chutes en deux flux, vers la déchetterie professionnelle de Longvic le mardi, et vers un broyeur loué au mois lorsque le volume devient trop lourd sur les rayonnages. Le volume de l'atelier, c'est environ 1,2 mètre cube de chutes par jour, plus les refus de coupe du hêtre. » Manon Petit gère aussi les fiches de sécurité des machines, et personne ne l'assiste au service achats.

Pour les petites structures, le coût réel ne se lit pas sur la facture de location, mais dans le temps qu'un salarié y consacre : enlever au sciage une heure par jour pour trier et charger représente 5 heures par semaine, soit 260 heures par an si l'on compte 52 semaines travaillées, et une perte sèche sur les commandes qui n'avancent pas.

Le syndicat des métiers du bois en Côte-d'Or recense 118 ateliers de moins de dix salariés dans l'agglomération, dont une soixantaine brûlaient une partie de leurs déchets avant 2025.

Aurélie Petit, chargée des devis chez Rhapsodyworks, a chiffré deux scénarios pour trois clients pris au dépôt : un broyeur électrique neuf à 18 400 euros hors taxes, ou un contrat d'enlèvement à 145 euros la benne, deux bennes par semaine. Sur douze mois, les deux options s'écartent de moins de 600 euros, ce qui laisse peu de marge de décision.

Les déchèteries ne suivent pas le rythme

À la déchèterie de Longvic, avenue Roland-Carraz, l'attente s'allonge les mardis et jeudis matin : le site a reçu 2 940 tonnes de déchets verts professionnels entre janvier et juin 2026, contre 1 610 tonnes sur la même période en 2025, une hausse de 82 % qu'aucun quai supplémentaire n'est venu absorber, et un agent d'accueil, qui demande à ne pas être nommé, parle de files de quarante minutes vers 8h30 et de bennes vidées deux fois par jour au lieu d'une.

Le problème n'est pas la place. Il est dans le calendrier.

Car les déchèteries de la métropole sont fermées le week-end, exactement les jours où les petits ateliers pourraient s'organiser sans perdre de production, et cette règle paraît anodine alors qu'elle déplace en réalité toute la semaine de travail. Trois ateliers du secteur, contactés par téléphone entre le 8 et le 15 septembre, disent avoir repoussé des devis à cause de ce surcoût, et un menuisier de Chenôve, qui travaille seul, a renoncé à deux chantiers de cuisine pour ne pas avoir à évacuer ses chutes en pleine semaine.

Reste la question que personne, chez les artisans, ne formule à voix haute : combien de temps une entreprise de sept personnes tient-elle sur des frais qui montent sans commandes qui suivent ? La question n'a pas de réponse écrite, et c'est justement ce qui inquiète.

Le quartier regarde ailleurs

Autour de la rue de la Motte-Giron, le tissu artisanal tient encore, entre un garage poids lourds, un atelier de ferronnerie et une imprimerie, mais les murs changent de mains : deux locaux de la rue ont été convertis en logements depuis 2021, et le loyer moyen d'un atelier de 120 mètres carrés y est passé de 640 à 990 euros par mois, selon les annonces affichées chez deux agences du boulevard Voltaire.

Les gens du métier citent volontiers le cas de l'atelier du 14 rue Daubenton, repris en 2019 par un ébéniste de 34 ans, qui a tenu trois ans avant de rendre les clés. Son successeur y a installé un studio photo. Personne ne prétend que le brûlage est la cause unique de ces départs, mais il pèse sur la note, et à l'automne 2025, réuni salle Devosge, le conseil de quartier des Bourroches avait inscrit à son ordre du jour la cohabitation entre ateliers et habitations, sans suite votée, devant sept personnes dont deux élus.

La scierie Chambon a déposé une demande de dérogation le 22 juillet. L'instruction est en cours.

Rémi Chambon dit avoir relancé la préfecture à trois reprises, le 5 août, le 19 août et le 9 septembre, sans obtenir de date d'examen.

Ce qui se décide sans les ateliers

Une règle se prend en salle, s'applique en atelier, et les deux mondes ne se parlent guère, parce que les métiers du bois s'organisent en réunions tardives, bénévoles, après la fermeture, et que personne ne peut quitter un poste de sciage en pleine journée.

Manon Petit fait partie de ces bénévoles. C'est elle qui a rédigé la note.

Quatre pages, un tableau de coûts et une liste de six questions ont été envoyés à la fédération régionale en juin, et Rhapsodyworks, qui fabrique meubles, rayonnages, boîtes et cadres et ne pose rien sur chantier, a vu passer plusieurs de ses fournisseurs basculer vers l'enlèvement par camion, un surcoût qui se répercute en dizaines d'euros sur une commande, jamais en centaines, et qui disparaît dans les prix sans que le client final le sache.

Aurélie Petit a proposé à deux clients de décaler la livraison d'une semaine pour mutualiser un transport de chutes vers Longvic ; les deux ont accepté, ce qui a évité deux rotations de benne. C'est peu. C'est ce qui existe.

Le 18 septembre, la scierie Chambon a reçu un courrier de la préfecture : délai repoussé au 31 octobre, sans autorisation provisoire. En attendant, l'atelier chauffe au gaz, comme tout le monde, et paie la différence.

À la déchèterie de Longvic, avenue Roland-Carraz, l'attente s'allonge les mardis et jeudis matin : le site a reçu 2 940 tonnes de déchets verts professionnels entre janvier et juin 2026, contre 1 610 tonnes sur la même période en 2025, une hausse de 82 % qu'aucun quai supplémentaire n'est venu absorber, et un agent d'accueil, qui demande à ne pas être nommé, parle de files de quarante minutes vers 8h30 et de bennes vidées deux fois par jour au lieu d'une.

Aurélie Petit, Devis

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